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Logement indigne : comprendre, agir et soutenir les victimes

Logement indigne : comprendre, agir et soutenir les victimes

Qu’est-ce qu’un logement indigne ?

Définition légale

En droit français, l’habitat indigne recouvre « les locaux ou installations utilisés aux fins d’habitation et impropres par nature à cet usage, ainsi que les logements dont l’état (…) expose les occupants à des risques manifestes pouvant porter atteinte à leur sécurité physique ou à leur santé ».

Cette définition est issue de la loi du 25 mars 2009 (dite MOLLE) et est mobilisée par les services de l’État et les collectivités pour enclencher des procédures de traitement (insalubrité, péril, saturnisme, etc.).

Indigne, insalubre, dangereux, indécent : quelles différences ?

  • Logement indigne : notion-cadre qui vise l’exposition à des risques manifestes pour la santé/sécurité (ou le caractère impropre à l’habitation). Elle permet d’activer différentes polices spéciales (insalubrité, péril…).
  • Insalubrité : danger grave pour la santé ou la sécurité des occupants ou du voisinage, caractérisé par l’ARS/SCHS et donnant lieu à un arrêté préfectoral d’insalubrité (Code de la santé publique, art. L1331-22 et s.).
  • Péril / mise en sécurité : concerne la solidité et la stabilité du bâti (risque d’effondrement, chutes de façade…). Procédure de mise en sécurité engagée par le maire ou le président d’EPCI.
  • Non-décence (indécence) : non-respect des critères minimaux d’un logement décent (décret n°2002-120) ; tous les logements frappés d’un arrêté d’insalubrité ou de péril sont indécents, mais l’inverse n’est pas automatique.

Chiffres clés en France

La Fondation pour le Logement des Défavorisés (ex Fondation Abbé Pierre) estime 4,1 à 4,2 millions de personnes mal logées (sans-abris, logements très dégradés, surpeuplement accentué, privation de confort, etc.). Cela situe l’ampleur du phénomène, dont le logement indigne est une composante majeure avec plus de 1 million de personnes en habitat indigne.

L’État avance un ordre de grandeur d’environ 420 000 logements potentiellement indignes, et plus de 9 000 logements font chaque année l’objet d’un arrêté de police spéciale (procédure unique de traitement de l’habitat indigne).

Pour aller plus loin : le Code de la construction et de l’habitation (CCH) regroupe désormais les procédures d’habitat indigne, avec des évolutions récentes pour mieux sanctionner et prévenir (dont la loi du 9 avril 2024).

Les conséquences du logement indigne

Impact sur la santé physique

Un logement humide, mal ventilé, avec moisissures, installations électriques vétustes ou chauffage défaillant, expose à des maladies respiratoires, exacerbations de l’asthme, allergies, accidents domestiques (chutes, incendies, électrocutions) et intoxications au monoxyde de carbone. Les autorités sanitaires rappellent aussi les effets des températures extrêmes (froid lié à la précarité énergétique ; surchauffe estivale).

L’humidité et les moisissures ont des effets avérés sur la santé respiratoire (asthme, rhinite), notamment chez les enfants, les personnes asthmatiques et les personnes immunodéprimées ; la prévention passe par la ventilation, le traitement des infiltrations et la réparation des fuites.

Logement indigne : effet sur la santé physique
Logement indigne : effet psycologique et social

Impact psychologique et social

Vivre dans un logement indigne aggrave l’anxiété, la fatigue, le repli, et peut accentuer la précarité (coûts supplémentaires, perte d’emploi pour cause de santé, impossibilité d’accueillir des proches).

Les épisodes de péril ou d’insalubrité entraînent parfois évictions d’urgence, hôtels, errance temporaire, avec une perte d’ancrage social.

Effets sur les enfants et les familles

Les enfants sont particulièrement vulnérables : troubles respiratoires accrus, sommeil perturbé, difficultés scolaires liées au bruit, au manque de place (surpeuplement) et au stress.

Les rapports annuels sur le mal-logement documentent ces impacts et l’effet cumulatif des privations (froid, promiscuité, insécurité).

Logement indigne : effet sur les enfants et la famille

Les causes du logement indigne

Précarité économique et manque de ressources

La montée de la pauvreté, l’augmentation des coûts de l’énergie et la tension locative poussent des ménages vulnérables vers des parcs dégradés où l’offre est moins chère mais dangereuse.

Propriétaires négligents et « marchands de sommeil »

Certain·es bailleur·euses exploitent la vulnérabilité de ménages en louant sciemment des logements insalubres à des prix élevés.

La loi du 9 avril 2024 a durci les sanctions pénales, portant notamment à 7 ans d’emprisonnement et 200 000 € d’amende (jusqu’à 10 ans et 300 000 € en cas de victimes multiples ou mineures), avec des interdictions d’acheter des biens à usage d’habitation pouvant aller jusqu’à 15 ans.

Vieilles infrastructures et manque de rénovation

Le vieillissement du parc, la dégradation de copropriétés fragiles et des retards d’entretien favorisent les désordres structurels (humidité, réseaux dangereux, risques d’effondrement). L’Anah soutient les collectivités pour repérer, programmer et financer les travaux, avec des outils incitatifs et, si nécessaire, des mesures plus coercitives (acquisitions, relogements, etc.).

Comment agir contre le logement indigne ?

Droits des locataires et recours possibles

Constituer un dossier : photos (moisissures, infiltrations, éléments dangereux), courriers, certificats médicaux le cas échéant. Demander par écrit au bailleur la remise en conformité.

Signaler la situation si aucune solution : via le service public “Signal Logement” (guichet national), ou auprès de la mairie/EPCI (hygiène), qui orientera vers la procédure adaptée (insalubrité, mise en sécurité, non-décence).

Procédures administratives :

  • Insalubrité : enquête par l’ARS/SCHS, arrêté préfectoral imposant travaux, hébergement/relogement, suspension de loyers possible selon les cas.
  • Mise en sécurité (péril) : arrêté municipal/EPCI obligeant le propriétaire à exécuter des travaux urgents pour supprimer le danger.
  • Non-décence : saisine possible du juge (ou Commission départementale de conciliation) pour contraindre aux travaux, réduire/suspendre le loyer.

Protections et suites : selon les procédures, relogement ou hébergement peuvent être imposés au propriétaire ; les collectivités peuvent faire exécuter d’office et appliquer des astreintes ; la loi renforce l’interdiction d’acheter pour les marchands de sommeil condamnés.

Bon réflexe : en cas d’urgence (risque d’effondrement, installations électriques dangereuses, intoxication au CO), alerter immédiatement la mairie (ou le 115 pour l’hébergement d’urgence) et les services de secours. Les autorités disposent d’une police spéciale pour faire cesser les situations les plus graves.

Rôle des pouvoirs publics et des associations

L’État et les collectivités ont renforcé leur action depuis 2024–2025 : guide pratique pour les maires, création/renforcement d’un guichet unique, observatoire national du bâti fragile, moyens accrus pour reloger et sanctionner, et soutien aux copropriétés dégradées (via l’Anah et la Banque des Territoires).

L’Anah accompagne les territoires sur toute la chaîne : repérage du parc potentiellement indigne, opérations programmées, aides directes aux propriétaires (sous condition de loyers maîtrisés pour les bailleurs) et, si besoin, outils de financement spécifiques pour reprendre et réhabiliter des biens très dégradés

Exemples d’initiatives solidaires

Les Petites Pierres

Logo Les Petites Pierres

Plateforme de financement participatif solidaire dédiée à l’habitat. Elle double les dons et accompagne les associations tout au long de leur campagne. Plus de 600 projets déjà financés depuis 2013. Soutenir une campagne, c’est contribuer directement à rendre des logements sains, sûrs, dignes et durables.

Autres acteurs de terrain

  • Associations de terrain (ex. accompagnement social, médiation locative, chantiers d’insertion pour la rénovation),
  • Bailleurs sociaux, collectifs d’habitant·es : ces acteurs, épaulés par les dispositifs publics, participent à la détection, au relogement, à la réhabilitation et à la prévention.

Les rapports annuels sur le mal-logement documentent ces coopérations et leurs impacts.

Passer à l’action : que pouvez-vous faire, concrètement ?

  • Vous êtes locataire/vos proches le sont : documentez les désordres, écrivez au bailleur, puis signalez sur Signal Logement si rien ne bouge. En parallèle, rapprochez-vous d’une ADIL locale pour un conseil neutre et gratuit.
  • Vous êtes citoyen·ne : soutenez un projet d’habitat solidaire sur Les Petites Pierres ; chaque don compte et est doublé sur la plateforme.
  • Vous êtes collectivité/entreprise : financez ou cofinancez des programmes territoriaux (copropriétés dégradées, repérage, relogements) via les outils Anah et les partenariats à impact.

Vous vous posez aussi ces questions ?

Le loyer est-il toujours dû dans un logement frappé d’un arrêté ?

Certaines procédures (CCH) prévoient la suspension ou réduction de loyer, et des obligations de relogement/hébergement. Renseignez-vous auprès de l’ADIL et suivez les prescriptions de l’arrêté.

Qui déclenche une procédure d’insalubrité ?

L’ARS/SCHS instruit et le préfet prend l’arrêté ; le maire peut agir pour la mise en sécurité. Les deux volets peuvent se combiner.

Que risque un « marchand de sommeil » ?

Peines pénales alourdies (jusqu’à 10 ans et 300 000 € selon les cas) et interdiction d’acheter des années durant ; des sanctions administratives et civiles s’ajoutent.

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